2. Le CyberHELP : description de l’application

 

L’application CyberHELP est née de l’action conjointe du service de Prévention de la Ville de Mons (Belgique), du Service de Sciences de la Famille de l’UMONS et d’une équipe d’experts auprès de Microsoft chargés de réaliser des applications informatiques performantes. Il s’agit d’un outil numérique qui peut être mis à la disposition de tous les membres d’une communauté territoriale (une école, un quartier, une commune) au sein de laquelle un dispositif de prévention du cyber-harcèlement a été préalablement instauré.

 

Concrètement, une association, une institution scolaire ou une communauté sociale, qui s’est instituée « zone de Cyber Respect », met à la disposition de ses membres cette application à travers laquelle ils sont « loggés » à un serveur central. L’application fonctionne sur tous les supports (tablettes, PC, Smartphone, etc.) disponibles et quel que soit le réseau social utilisé (Facebook, Snapchat, Ask, Instagram, etc.). Elle transcende ainsi les problématiques liées à l’appartenance à l’un ou l’autre de ces médias et assure la protection, quels que soient la marque et le type d’équipement que la personne utilise.

 

Une fois loggé, l’internaute voit apparaître au coin de son écran un message qui lui explique comment, en fonction de l’appareil qu’il utilise, il peut se connecter au CyberHelp et déclencher l’application s’il s’estime confronté à une forme de cyber-agression. Dès qu’il active le signal, une capture de son écran est aussitôt réalisée avec le soutien de l’opérateur. L’utilisateur reçoit alors un message qui lui confirme que son écran a bien été copié et stocké dans un dossier.

 

À travers cette manière de procéder l’application répond à un double objectif :

 

1. Décharger l’internaute de la responsabilité de procéder lui-même à la copie de son écran. Indépendamment des compétences techniques minimales qu’un tel geste suppose, il y a surtout le fait qu’en cas de copie d’écran, l’émetteur du message est aussitôt prévenu, ce qui décourage les internautes cyber-agressés d’en réaliser. Dans le cas d’une copie réalisée par l’application, c’est le nom du concepteur de l’application qui apparaît comme étant celui qui a effectué la copie. La pression sur l’internaute victime du message offensant est ainsi singulièrement diminuée. De son côté, l’agresseur prend conscience que l’application est effectivement reliée à un dispositif de prise en charge qui protège institutionnellement la personne qui a fait l’objet de l’agression.

 

2. Éviter que la personne cyber agressée n’éprouve le sentiment d’être isolée, seule devant son écran, face à l’agression qu’elle subit. La période de sidération qui suit l’agression ne permet généralement pas de trouver la parade face au message ou à l’afflux des messages destructeurs. Ici, plus question de chercher la réaction appropriée, il faut juste déclencher, par un seul geste, un process qui protège.

 

Passée cette première phase, un deuxième écran peut être activé si l’agression se poursuit ou si l’internaute victime estime, après réflexion, que la virulence de la première attaque justifie une prise en charge. Le message stocké – accompagné de tous ceux qui l’ont été au préalable pour constituer un dossier – est aussitôt envoyé soit à l’institution scolaire soit au service qui a été désigné par le gestionnaire du territoire « Cyber Respect » afin de donner une réponse appropriée. Un message de prise en charge, à la fois réconfortant et rassurant quant à la suite qui sera donnée, est également envoyé à la personne victime de l’agression numérique.

 

Le message émis « Ne t’en fais pas, tes copies d’écran nous sont bien parvenues, tout va être mis en œuvre pour que cela s’arrête et que tu ne sois plus victime de ce type d’attaques » initie le processus de prise en charge, qui peut, dans le cadre d’une institution scolaire ou d’un groupe associatif, demander la mise en place d’espaces de paroles ou d’un conseil d’éducation disciplinaire.

 

Par ailleurs deux numéros de téléphone apparaissent en bas de l’écran de l’usager victime de la cyber-agression. Ce sont les numéros de deux personnes susceptibles d’être contactées dès les premières heures ouvrables suivant la réception du message pour parler de la situation de cyber-harcèlement et de la manière dont elle est vécue. Le premier numéro est celui d’un adulte qui occupe au sein de l’institution scolaire ou de la structure sociale le statut de « Référent numérique ». C’est généralement un membre de l’équipe scolaire ou éducative qui a suivi une formation spécifique lui permettant de répondre de manière rassurante aux inquiétudes de l’adolescent. Le second numéro (assorti du message « Si tu préfères parler avec quelqu’un de ton âge ») est celui d’un « Cyber-citoyen responsable », actif au sein d’une équipe de plus ou moins douze personnes identifiables au sein de chaque établissement scolaire.

 

La fonction de « Référent numérique » est souvent, mais pas exclusivement, exercée par des enseignants ou des éducateurs de la nouvelle génération. Le modèle s’inspire de celui qui incite les patrons du CAC40 à choisir parmi leurs jeunes employés des « coaches numériques » capables de répondre à toutes leurs questions. Cette forme de mentoring reverse peut conduire les enseignants à rechercher parmi les élèves des étudiants capables de jouer ce rôle. Ce sont les « Cyber-citoyens responsables ». Remplissant la même fonction d’écoute et de relais auprès de l’équipe enseignante et éducative, ils sont chargés de créer une interface entre les élèves en difficulté et les adultes amenés à activer le dispositif de prise en charge de la difficulté.

 

 

Les élèves qui se sont portés volontaires pour exercer la fonction de cyber-citoyens responsables forment une équipe d’environ douze personnes qui s’engagent explicitement à se mettre concrètement à l’écoute de ceux qui vivent des expériences difficiles sur les réseaux sociaux. Leur visibilité est assurée par le port d’un brassard « Cyber Respect ». Le numéro de portable sur lequel ils peuvent être contactés est à la fois connu de tous et rappelé par l’application CyberHELP lorsqu’elle est activée. Le rôle de ces "Cyber-citoyens" est strictement limité à celui d’interface entre le monde des élèves et celui des adultes. Invités à participer pendant quinze minutes aux conseils de classe, ils y exposent les situations portées à leur connaissance et rendent compte à la personne en difficulté des réponses apportées par l’équipe enseignante et éducative. Les Cyber-citoyens, à ce titre, favorisent l’activation du dispositif sans avoir à le mettre eux-mêmes en mouvement. Dans le même ordre d’idée, ils ne prennent pas d’initiatives pour régler de leur propre chef la difficulté rencontrée sur les réseaux sociaux.

 

Leur fonction de stimulateur d’activation du dispositif renforce leur rôle d’écoute et de relais entre le monde des adultes et l’univers des adolescents. Cette limitation stricte de leur rôle permet d’éviter les dérives connues dans des expériences similaires lorsque ce type d’équipe, autoproclamée « brigade anti-cyber-harcèlement », prenait l’initiative de hacker les boîtes de ceux qui leur avaient été désignés comme cyber-harceleurs, puis de divulguer leurs noms et leurs adresses sur les réseaux sociaux, encourageant des vendettas incontrôlables.

 

Dans le cadre de ce dispositif que nous préconisons, les élèves formés et encadrés par des adultes connaissent les limites de leur rôle parce que les contours de leur fonction ont été strictement précisés. L’expérience que nous en avons montre que cette manière de procéder permet d’exercer un contrôle complet de la façon dont fonctionne le groupe. Elle révèle également qu’il n’est possible de mettre en place ce type de service relais que si l’institution dispose d’un dispositif de prévention suffisamment performant et complètement opératoire.

 

Ainsi envisagée, l’application CyberHELP agit en quelque sorte comme un interrupteur susceptible de stimuler la mise en mouvement du dispositif préventif déjà opératoire au sein de la structure. Elle permet de réagir aux situations quand elles se présentent, et joue également un puissant rôle préventif dans la mesure où les élèves, connaissant le dispositif et sa réactivité, ont tendance à limiter, voire à éviter toute forme de message pouvant être interprété comme une agression.

 

Les résultats dans les zones (scolaires ou autres) où l’application a été testée indiquent qu’elle est particulièrement efficace pour prévenir toutes les formes de cyber-harcèlement et encourager l’utilisation positive des réseaux (ce qui ne constitue pas, avouons-le, une surprise) ; ils montrent aussi, de manière plus surprenante, que tous les internautes, ceux qui craignent d’être des cibles (ce qui n’est pas étonnant non plus) mais aussi les candidats au cyber-harcèlement qui auraient pu être tentés par différentes formes d’utilisation agressive (c’est cela qui est beaucoup plus étonnant) jugent plus « confortable » de fréquenter les réseaux sociaux dans un espace qui non seulement prône le cyber-respect, mais se donne également, à travers cette application spécifique, les moyens de le mettre en œuvre. Comme si l’idée de « surfer tranquille » correspondait, en somme, au désir profond de tous et au souhait fondamental de chacun...

 

Par contre, si le comportement du harceleur ou du groupe de harceleurs amène au dépôt d’une plainte, celle-ci pourra être accompagnée d’un rapport détaillé qui aura été généré par l’application. L’ensemble des données ainsi présentes, comme les captures d’écran ou des informations techniques, permettra au policier qui entendra la victime de se faire une idée très précise de la situation. Et le magistrat qui prendra connaissance du dossier n’aura pas systématiquement besoin de lancer des recherches complémentaires pour identifier les auteurs.